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JUBILE 25 ans - Homélie de Mgr Roger HOUNGBEDJI

Publié le 18/08/2025 à 12:24

Dimanche 17 Août 2025 : Messe à Bon Pasteur

25 du Groupe « Communion Marie Reine de la Paix »  

Textes: Jr 38, 4-6.8-10; Ps 39 (40); He 12, 1-4; Lc 12, 49-53

 

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Nous voici rassemblés dans la joie, au pied du Bon Pasteur, pour écouter sa Parole et nous nourrir de son Corps et de son Sang. C’est aussi pour nous l’occasion d’exprimer notre action de grâce à Dieu pour les 25 ans du Groupe « Communion Marie Reine de la Paix. » Bonne fête à chacun et à tous ! Que les grâces de cette fête se déversent en abondance sur vous et sur vos familles.

Oui, 25 ans, c’est un Jubilé, c’est une fête. Toutefois, il est important que vous ne vous arrêtiez pas seulement à la dimension festive, mais que vous regardiez ce Jubilé comme un temps d’approfondissement de votre spiritualité axée sur la consécration à la Sainte Trinité par Marie. C’est justement là tout le sens de ma présence parmi vous ce matin. Ce n’est pas pour « rehausser l’éclat de la fête » comme on le dit souvent que je suis avec vous. Je viens pour vous encourager, vous confirmer dans la foi et vous exhorter à aller encore plus loin dans votre imitation de la Sainte Trinité par Marie. Car pour celui qui aime le Christ, la marche ne doit jamais s’arrêter : au contraire, elle devient une course d’endurance,[1] comme nous le chantons, en reprenant ces paroles de Saint Paul (Ph 3,12) : « Saisi par le Christ Jésus, je cours droit vers le but… »

Alors chers amis, voilà ce que j’attends de vous : que vous soyez des chrétiens empressés à imiter Jésus, et à entraîner les autres dans la course vers Dieu. Mais comment pourrez-vous, à l’école de Marie, être véritablement de tels chrétiens ? En ce Jubilé de vos 25 ans de présence au Bénin, laissez-moi vous indiquer trois repères à garder comme une feuille de route pour les 25 prochaines années.

Le premier repère, c’est la vie intérieure : Donnez toujours la priorité à la vie intérieure. Dans la première lecture, nous voyons le Prophète Jérémie aux mains de ses adversaires qui en viennent à le jeter au fond d’un puits, avec le consentement d’un roi qui visiblement ne décide rien, mais laisse faire. Apparemment abandonné par son Dieu, livré aux mains de ses ennemis, humilié et maltraité, Jérémie semble dans une situation vraiment triste dans ce passage.

Et pourtant, cet épisode qui ressemble à un échec va révéler un aspect important de la vie du prophète : sa relation avec Dieu. Avez-vous remarqué que le prophète maltraité ne dit rien du tout ? Il ne réplique pas, ne proteste pas, ne se plaint pas, lui qui est quand-même connu pour ses plaintes interminables (ses jérémiades). Que signifie donc ce silence du prophète ? Ce silence signifie simplement que Jérémie n’est nullement troublé par les accusions ni les persécutions, parce que son cœur est solidement enraciné dans le Seigneur, en profonde communion avec Lui.[2] Lui-même le dit ailleurs : « Seigneur, c’est à toi que j’ai confié ma cause » (Jr 11,20 ; 20,12).

Oui chers frères et sœurs, la vie intérieure est le cœur même de toute la vie chrétienne. L’auteur de L’Imitation de Jésus-Christ dit ceci : « Si nous plaçons uniquement le progrès de la vie chrétienne dans les observances extérieures, notre dévotion sera de peu de durée. »[3] La vie intérieure, je le répète, est le cœur de toute la vie chrétienne. Et une vie chrétienne qui ne cultive pas l’intériorité ne peut progresser. Car le progrès dans la vie chrétienne consiste à s’attacher plus profondément à Jésus-Christ par une vie d’intimité et de communion avec Lui. La vie intérieure n’est donc pas seulement obligatoire, elle est vitale pour tout chrétien. Alors vous qui fêtez vos 25 ans aujourd’hui, comment votre groupe peut-il approfondir la vie intérieure ?

Vous avez déjà le mérite d’avoir une spiritualité très centrée sur la culture de la vie intérieure : par l’écoute régulière de la Parole de Dieu, la méditation des mystères du Rosaire et la fréquentation des sacrements. Je vous donne un secret qui vous aidera à renforcer cette marche : c’est la contemplation. Oui mes chers amis, aimez la contemplation, comme Marie, qui regardait tous les événements et les méditait dans son cœur. Vous aussi, contemplez, méditez comme Marie, imitez son exemple.

Il est inquiétant de voir certains groupes s’adonner à des formes de prière qui ressemblent parfois à du spectacle, laissant peu de place à la vie intérieure : recherche pure et simple du sensationnel ou des faits merveilleux. J’en avais déjà parlé dans ma lettre pastorale sur la foi authentique.[4] Mais vous, vous semblez vous engager déjà sur la bonne voie par le fait de promouvoir une spiritualité de la communion visant à la consécration des membres à la Sainte Trinité par Marie lors des retraites organisées par le Groupe. Que ce modèle de consécration vous inspire afin que vous cultiviez toujours davantage la vie intérieure, l’intimité avec le Christ. C’est le premier repère que je vous indique.

Le deuxième repère, c’est la persévérance : regardez la vie chrétienne comme une course d’endurance. Ce sont les paroles entendues dans la deuxième lecture : « Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus. » Et le passage se conclut par ces paroles : « Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché. » L’auteur de la lettre aux Hébreux, après avoir défini la foi en donnant l’exemple des patriarches, invite ses auditeurs à vivre de façon cohérente avec cette foi. Et la foi est si importante, si précieuse qu’il ne faut ménager aucun effort pour en témoigner. Voilà pourquoi l’auteur recourt à la métaphore de la course.

Il s’agit de courir, non dans le vide, mais plutôt en ayant les yeux fixés sur Jésus-Christ. Je répète et j’insiste : courir en ayant les yeux fixés sur Jésus-Christ, sur Lui et Lui seul. Je l’ai dit à plusieurs reprises, je le redis à vous ce matin : si jamais l’attachement à un groupe ou à un leader de groupe devenait plus fort que notre attachement au Christ et à son Église, nous devrions questionner sérieusement l’authenticité de notre foi. Qu’il n’en soit jamais ainsi dans votre groupe.

M’adressant donc à tous, même ceux qui ne font pas partie de la Communion Marie Reine de la Paix, je voudrais dire ceci : la seule raison d’adhérer à un groupe de prière doit être le désir d’une vie chrétienne plus centrée sur Jésus-Christ et l’Église, et non l’attrait d’un personnage. Vous n’imaginez pas la souffrance que cela  constitue pour l’évêque de voir des chrétiens qui recherchent frénétiquement les miracles et les merveilles de Dieu au lieu de chercher le Dieu des merveilles.

M’adressant à nouveau à vous, membres de la Communion Marie Reine de la Paix, je voudrais vous confier une tâche, ou plutôt une triple tâche à exécuter. Puisque votre groupe a choisi le titre de « Communion », face à tout ce qui entrave la course des frères et sœurs à la suite du Christ, exprimez cette communion par trois attitudes : soutenir, intercéder, conseiller, comme Marie votre Modèle.

Soutenir les frères en difficulté, par la présence et l’entraide, comme Marie qui « était là » discrètement à Cana. Intercéder pour les frères, comme Marie qui dit à Jésus « Ils n’ont pas de vin. » Enfin, conseiller les frères et sœurs, comme Marie qui dit aux servants : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Marie avait ainsi conduit les gens à Jésus. Vous aussi, conduisez les frères et sœurs à Jésus pour qu’ils s’attachent fermement à Lui.

C’est d’ailleurs là le troisième repère : l’attachement radical à Jésus. Dans l’évangile que nous venons d’écouter, les paroles de Jésus sont pour le moins surprenantes quand il affirme : « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois. » Que signifie ces paroles ?

Commençons par les remettre dans leur contexte. Jésus est en train de monter à Jérusalem[5] où il sera arrêté, humilié, tué avant de ressusciter. Il donne donc les derniers enseignements à ses disciples en définissant le profil du vrai disciple. C’est dans ce contexte empreint de gravité qu’il affirme que la vie chrétienne ne saurait s’accommoder d’une plate quiétude dans laquelle rien ne nous dérange, et nous ne dérangeons personne. Le chrétien par nature est prophète : et le prophète dérange, du moins s’il veut être fidèle à sa vocation.

En parlant donc de la division qu’il est venu apporter, Jésus ne fait pas du tout allusion aux conflits qui naissent dans les familles du fait de nos caractères divergents et de notre intolérance. Il parle du fait que la radicalité de notre adhésion à lui peut déranger, peut devenir un lieu de clivage dans le sens positif.

Oui chers amis, dans la vie chrétienne, la radicalité n’est pas une option : elle appartient à la nature même de l’identité chrétienne. Avec Jésus, la demi-mesure n’existe pas. « Dieu ou rien » écrivait le cardinal SARAH. A sa suite nous pouvons dire : Jésus ou rien. Ce qui est en jeu ici, c’est que rien, ni personne ne doit nous convaincre de renoncer à notre foi, ni d’en édulcorer les exigences pour nous conformer au monde.

En termes plus clairs, un vrai chrétien n’acceptera jamais d’adhérer à des groupes ésotériques comme la franc-maçonnerie pour prospérer ; ne s’inclinera pas devant la grande famille qui lui impose des cérémonies contraires à sa foi ; ne se laissera jamais convaincre par des amis qui lui conseillent de recourir à des pratiques malhonnêtes ou occultes pour réussir. Nous appartenons à Jésus-Christ : nous ne pouvons pas adhérer à ces pratiques.

Car le vrai chrétien n’est pas un caméléon, qui dit, pense et agit comme tout le monde, prenant la couleur de son entourage, devenant même multicolore pour éviter de déranger, se réfugiant derrière l’excuse « tout le monde le fait » : nous ne sommes pas tout le monde, nous sommes disciples de Jésus et cela change tout ! Nous n’avons à imposer notre foi à personne. Mais ce que nous sommes doit transparaître clairement dans ce que nous disons et faisons. Je vous renvoie sur ce point à l’exemple de Jean Pliya de vénérée mémoire. Vous savez mieux que moi sa radicalité dans foi, et pourtant, il savait être doux, affable, discret, mais sans rien négocier de sa foi avec qui que ce soit. Que son exemple nous inspire tous.

Voilà donc, chers amis, les trois repères que j’ai voulu vous donner comme feuille de route pour les prochaines années : la vie intérieure, la vie chrétienne comme une course d’endurance, et la radicalité dans votre adhésion au Christ. C’est l’occasion de vous le dire : je suis vraiment content de vous, je suis fier de votre Groupe. Continuez dans la bonne direction, toujours en communion avec vos aumôniers, vos curés et entre vous. Par-dessus tout, continuez de vous attacher davantage à Jésus, allez à Jésus par Marie, conduisez les familles, les couples, les frères et sœurs et même les non croyants à Jésus par Marie.

A la prière de Marie Reine de la Paix, que le Seigneur vous bénisse, qu’il vous garde, qu’il vous protège, et qu’Il vous affermisse davantage à son Saint Service et pour sa gloire, Lui qui vit et règne maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.



[1] Cf. Deuxième lecture

[2] Nous disons en fon : Ayi mìtɔn ɖ'Aklunɔ ji tɛ̀gbɛ̀ !

[3] L’Imitation de Jésus-Christ, Livre I, 11.

[4] Cf. Mgr Roger HOUNGBEDJI, O.P., L’Enracinement de la Foi Authentique.

[5] Depuis Lc 9,51, Jésus avait « durci son visage » et s’était mis en route.